La RTI, premier média le plus suivi d’Afrique de l’Ouest : analyse du succès d’un média francophone du service public

17 juin 2020

En Afrique de l’Ouest, RTI, la radio et télévision ivoirienne est le premier média le plus suivi selon le dernier classement du magazine African Business des médias les plus appréciés en Afrique. La nouvelle sonne comme un événement inédit puisque l’audiovisuel du service public ivoirien détrône les médias occidentaux installés en Afrique tels que Canal+. Pourtant, à y regarder de plus près, les initiatives de la RTI l’ont progressivement préparé à se positionner à la tête de ce classement, bénéficiant surtout des avantages d’un espace audiovisuel fermé à la concurrence mais aussi la volonté de garder une authenticité culturelle dans la création de ses contenus. 

La RTI, une télévision ouverte à la modernité

Ce qu’on peut le moins reprocher à la radio et télévision ivoirienne, c’est l’originalité dont elle fait preuve dans la création de son contenu. La RTI, c’est la chaîne qui a su s’adapter à l’évolution de la télévision sous toutes ses formes. Au fil des années et avec l’influence du digital sur le secteur médiatique, la chaîne publique ivoirienne s’est lancée dans la création d’une application mobile, le développement du replay (service qui permet de voir en différé un programme télévisé après sa diffusion), site web interactif, dynamique et un compte YouTube avec plus d’1 million d’abonnés. Cette volonté de rester moderne et de s’adapter aux nouvelles modes de consommation de la TV lui a permis d’attirer une audience relativement jeune contrairement à l’idée générale qu’on se fait d’une chaîne publique considérée la plupart du temps en Afrique francophone comme des écrans de propagande des gouvernants. 

 

Des programmes en accord avec la réalité locale et africaine

La RTI est aussi l’une des rares chaînes de télévision publique d’Afrique de l’Ouest qui a réussi à développer la production et la coproduction d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (fiction, courts-métrages, documentaires). Parmi ses succès, on peut citer les séries ivoiriennes Sœurs ennemies ou encore National Security. Après 2011, le groupe décide de se renouveler à travers sa chaîne dérivée Canal 2 qui deviendra la RTI 2. Elle compte sur son objectif d’apporter un autre regard sur la chaîne publique pour attirer une audience plus jeune et portée sur le numérique. Visiblement, c’est un succès puisque 09 ans plus tard en février 2020, une autre chaîne dérivée voit le jour, c’est la 3. Cette fois-ci, sa ligne éditoriale est orientée vers la jeunesse et son intérêt apparent pour la musique et le Sport.  

Un financement au-delà du soutien de l’Etat

Même si elle garde une certaine opacité sur ses revenus, la RTI dispose de l’une des régies publicitaires les plus rentables d’Afrique de l’Ouest. Plus de 7 milliards de recettes publicitaires par an et près d’1 milliard en mécénat. La chaîne nationale ivoirienne complète son chiffre d’affaire avec la redevance de la TV prélevée sur les factures d’électricité des Ivoiriens. Elle compte seulement pour 10 % dans son revenu, mais le montant est conséquent, près d’1 milliard de FCFA

Un monopole longtemps gardé

La RTI a cependant bénéficié de quelques avantages de l’écosystème audiovisuel de la Côte d’ivoire. Pendant plus de 40 ans, elle a régné sans partage sur l’univers médiatique du pays parce que le secteur des médias est resté longtemps fermé aux investisseurs privés. Au cours d’une interview sur Frissons radio en 2015, Ibrahim Sy SAVANE, président de la haute autorité de la communication et de l’audiovisuel HACA, l’équivalent de la HAAC (haute autorité de l’audiovisuel et de la communication) au Bénin, informait qu’une caution d’1milliard de FCFA était nécessaire pour postuler à un appel d’offre portant autorisation de création d’une chaîne de télévision en côte d’ivoire, un montant qui pourrait décourager tous les potentiels investisseurs.  

Libéralisation du secteur audiovisuel : La RTI pourra-t-elle garder le monopole du marché face à la concurrence ? 

Aujourd’hui, le défi qui s’annonce pour la chaîne publique ivoirienne est de conserver sa première place sur le marché et dans le cœur des Ivoiriens malgré la concurrence naissante. En effet avec l’installation de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne NCI, de A+, filiale de Canal+ dédiée aux fictions africaines et le démarrage imminent des activités de Life TV portée par Fabrice Sawégnon et dont le groupe français M6 possède des parts dans le capital, il est certain que la RTI devra faire face à une concurrence frontale qui pourrait bousculer son leadership dans le paysage audiovisuel de la côte d’ivoire et de l’Afrique.  

 

Marvine OUMEYOUTI