Life TV dévoile ses programmes et semble vouloir ressembler plus à E ! Qu’à TF1 ou M6… Encore que…

20 juin 2020

Lorsque Life TV, la nouvelle chaîne privée ivoirienne informait pour la première fois de son slogan « la télé sans filtre », on était loin de se douter qu’elle se positionnerait comme la fabrique à téléréalité africaine. Ce vendredi 19 juin au soir, la chaîne a diffusé les teasings de ses trois premiers contenus sur la toile et le public découvre alors des émissions dont les animatrices sont les protagonistes des plus gros scandales lifestyle d’Afrique. Entre les Lifeuses qui rassemble les plus grandes ennemies des réseaux sociaux (Nathalie Koah, Emma Lohouès, Coco Emilia et Suy Fatem), DS Days qui prévoit de montrer l’ancienne miss côte d’ivoire Sery Dorcas sous un nouveau jour et La mère des Chinois qui met en scène la mère et l’épouse de l’artiste décédé Dj Arafat, la barre des audiences va certainement exploser. La téléréalité, c’était une évidence quand on regarde l’actualité people africain sur les réseaux sociaux. Pour ce qui est de la production, il fallait déployer les plus gros moyens en espérant que les intrigues soient plus subtiles et plus intelligents que des crêpages de chignons entre des femmes célèbres.

Un positionnement éditorial stratégiquement commercial
Les Lifeuses, DS Days et La mère des Chinois, ne sont sûrement pas les seuls programmes de la chaîne. Cependant leur mis en avant sur les réseaux sociaux montre que le média prévoit de faire son chiffre d’affaire dans le divertissement. On ne peut certainement pas reprocher à Fabrice Sawégnon de vouloir servir aux consommateurs africains, ce qu’ils ont le plus envie de voir encore moins de ne pas vouloir être une télévision engagée. D’ailleurs, à l'heure où on prône l’industrialisation de la télévision en Afrique, l’engagement d’un média est-il utile ? À travers sa ligne éditoriale, Life TV a décidé de laisser l’éducation et l’information, les deux autres fonctions de la télévision, à la charge de ses concurrents locaux, la RTI, radio et télévision ivoirienne et la NCI, nouvelle chaine ivoirienne. Ce qui est certain, la toile s’est emballée à la diffusion de ces nouveaux programmes et c’est le nouveau buzz du week-end comme on le dit si bien chez nous. Pour l’instant, pari du buzz gagné pour Life TV.

M. OUMEYOUTI

Le Renouveau de la télévision en Afrique Versus la fin de la TV en Occident

20 juin 2020

La télévision africaine vit ses heures glorieuses, serait-on tenté de dire au regard de l’actualité médiatique de ces derniers jours. Des chaines de télévision du service public en tête dans le classement des médias les plus appréciés sur le continent, de nouvelles chaines de télévision qui s’installent avec la promesse d’un contenu original comme on n’en a jamais vu, la révolution de la production cinématographique à usage télévisuel et surtout des recettes publicitaires chiffrées à des milliards de FCFA, nul doute, le média télé commence à s’industrialiser. Pendant ce temps, en occident, la télévision agonise face à la montée en puissance des plateformes de SVOD (service de vidéo à la demande) tel que Netflix, Amazon Prime ou encore Disney+. La petite lucarne subit la transformation que lui impose le numérique, son modèle économique, sa culture et ses usages se reconfigurent et l’oblige à s’adapter aux nouveaux formats des consommateurs au risque de s’y perdre. Pendant que le reste du monde s’interroge sur la fin de la télévision linéaire, en Afrique, la question ne se pose même pas. Le secteur de la télévision porté par des investisseurs africains vit presqu’une révolution qui pourrait faire du continent, le nouveau marché des médias télévisuels internationaux.

Canal +, M6, Lagardère… Quand les géants de l’audiovisuel français veulent conquérir l’Afrique francophone.
Life TV démarre bientôt ses programmes. La nouvelle chaîne du paysage audiovisuel ivoirien, porté par des investisseurs ivoiriens promet un contenu de qualité et original, produit en Côte d'Ivoire dans ses 3 000 m2 de studio. Mais dans son capital, un géant Français, le groupe M6, possède 33 %. Il y a quelques mois, les Ivoiriens ont également découvert la série ASSINIE. Une production entièrement ivoirienne dont la diffusion est portée par le groupe Orange, une filiale de France Télécom installée en Afrique. Même scénario chez A+ et Nollywood TV, des chaînes qui redonnent vie au cinéma africain alors qu’elles appartiennent au géant français Canal+, célèbre société éditrice de chaîne de télévision basée en Afrique. Pendant que l’économie de la télévision en France est menacée par les plateformes de SVOD (service de vidéo à la demande par abonnement) telles que Netflix, Amazon ou Disney+, les groupes français, propriétaires de chaînes de TV semblent se construire un nouveau terrain de chasse en Afrique. Presque toujours alliés à des acteurs locaux du paysage audiovisuel avec des propositions spécialement conçues pour le public africain, ils gagnent petit à petit l’audience africaine qui a depuis longtemps marqué son désintérêt pour les chaînes nationales publiques et privées.

La Télévision linéaire en Occident, un média sur le déclin ….
La télévision linéaire est celle qui rassemble les téléspectateurs autour d’un programme à une heure fixe. Mais l’influence du numérique a fait apparaître de nouveaux modes de consommation de la TV (Replay, TV VOD, SVOD). En Europe comme aux Etats Unis, la SVOD(Le service de vidéo à la demande occupe désormais la première marche du podium dans la consommation de contenus audiovisuels. Les leaders du marché sont Netflix, Amazon Prime et plus récemment Disney+. À la fin du premier trimestre de 2020, les statistiques du CNC (centre national du cinéma français) annoncent que la SVOD arrive en tête des consommations face à la télévision traditionnelle atteignant 71,3 % de part de marché avec un chiffre d’affaire généré de 323 millions d’euros.
Aux Etats-Unis, l’institut de sondage informity multiscreen Index annonce que les 10 premiers fournisseurs de service de télévision payante ont perdu 2,3 millions d’abonnés au premier trimestre de 2020 au profit de plateforme comme Netflix qui compte aujourd’hui plus de 180 millions d’abonnés dans le monde. Les abonnements satellites ont chuté de 14 % tandis que le câble recule de 4 %. C’est la pire perte d’abonnés à la TV que les USA n’aient jamais enregistrés. En France, la hausse historique des audiences de la TV pendant le confinement n’a pas impacté les recettes publicitaires qui sont toujours en chute libre face à un Netflix dont la valeur sur le marché boursier a augmenté de 40 %. C’est une évidence, le digital a reconfiguré l’univers de la télévision, en tout cas son modèle économique qui repose en grande partie sur les recettes publicitaires en dehors des chaînes publiques. Le système par abonnement avec la consommation de vidéo à la carte proposé par les plateformes de SVOD monte en puissance. D’ailleurs, TF1, M6 et France Télévisions vont tenter l’aventure de la SVOD avec la mise en service prochaine de la plateforme Salto. Cette évolution dans les usages de la TV, montre tant bien que mal que le bon vieux téléviseur arrive peut-être en fin de vie dans tout le reste du monde sauf peut-être encore en Afrique. En Afrique subsaharienne principalement où la transition vers la TNT (Télévision Numérique Terrestre) n’est pas encore totalement aboutie, où la nouvelle classe moyenne est en pleine croissance et que son meilleur ami de distraction reste encore la petite lucarne, la télévision.

L’économie de la TV en Afrique subsaharienne est restée bloquée dans le deuxième âge avec un pied dans le troisième tandis que le monde s’adapte au 4e âge.
Si la télévision linéaire a encore de l’avenir en Afrique, c’est parce que dans un premier temps, elle n’a pas subi les mutations auxquelles a été confronté l’univers de la télévision partout dans le monde. La deuxième phase de l’économie de l’audiovisuel est celle d’un écosystème dont le financement est basé sur l’aide publique, un peu de publicité avec une réglementation et une sociologie propre à l’environnement télévisuel. En 2010, l’arrivée de Canal+ projette l’Afrique dans le troisième âge de la TV avec le concept de la télévision payante sans toutefois provoquer une profonde transformation dans son mode de consommation. La majorité des chaînes de TV d’Afrique francophone surtout n’ont pas évolué vers le Replay (le programme à la demande et en différé). L’interdépendance entre la TV et le cinéma n’a pas été profondément développé et la production de programme est restée très basique. D’ailleurs, il n’existe pas de chronologie des médias en Afrique. Il faut cependant souligner que la télévision en Afrique et en occident n’a pas été conçu dans les mêmes conditions encore moins pour les mêmes objectifs. La télévision en tant que canal de divertissement et d’éducation est arrivée bien plus tard. À l’origine, elle est née de la volonté des dirigeants africains de l’ère post colonial pour incarner la souveraineté et la puissance diplomatique. À quelques exceptions près, la télévision africaine qu’elle soit publique ou privée est restée un outil de propagande de la politique de gouvernance publique.
Dans un second temps, la digitalisation lente, la difficulté d’accès à Internet et  la dématérialisation des services bancaires sont des facteurs qui ne favorisent pas encore le développement des plateformes de SVOD sur le marché africain. Même si Netflix commence à introduire dans son catalogue, de plus en plus de productions du continent.

La fin de la télé en Occident, l’Afrique, doit-elle saisir de cette opportunité
 Face au bouleversement qui s’observe dans l’industrie de l’audiovisuel en Occident, l’Afrique peut se positionner comme le nouveau marché du cinéma et de la télévision linéaire avec ses 350 millions de consommateurs issus de la nouvelle classe moyenne. Le secteur est déjà en plein en développement avec  la construction des salles Canal Olympia, la production de contenu audiovisuel de plus en plus original et adapté à l’audience locale, la libéralisation de l’espace audiovisuel, la relation naissante entre le cinéma et la télévision et le classement récent de plusieurs médias africains parmi les plus appréciés sur le continent devant des groupes internationaux. Il faut pourtant reconnaître que la présence des groupes de TV internationaux en Afrique a fortement contribué à la professionnalisation du secteur et à l’amélioration de son économie. Dans ce contexte, l’ouverture de l’espace audiovisuel africain aux capitaux étrangers serait-elle alors la meilleure option pour rendre l’industrie viable sur le continent ?
M. OUMEYOUTI 

La RTI, premier média le plus suivi d’Afrique de l’Ouest : analyse du succès d’un média francophone du service public

17 juin 2020

En Afrique de l’Ouest, RTI, la radio et télévision ivoirienne est le premier média le plus suivi selon le dernier classement du magazine African Business des médias les plus appréciés en Afrique. La nouvelle sonne comme un événement inédit puisque l’audiovisuel du service public ivoirien détrône les médias occidentaux installés en Afrique tels que Canal+. Pourtant, à y regarder de plus près, les initiatives de la RTI l’ont progressivement préparé à se positionner à la tête de ce classement, bénéficiant surtout des avantages d’un espace audiovisuel fermé à la concurrence mais aussi la volonté de garder une authenticité culturelle dans la création de ses contenus. 

La RTI, une télévision ouverte à la modernité

Ce qu’on peut le moins reprocher à la radio et télévision ivoirienne, c’est l’originalité dont elle fait preuve dans la création de son contenu. La RTI, c’est la chaîne qui a su s’adapter à l’évolution de la télévision sous toutes ses formes. Au fil des années et avec l’influence du digital sur le secteur médiatique, la chaîne publique ivoirienne s’est lancée dans la création d’une application mobile, le développement du replay (service qui permet de voir en différé un programme télévisé après sa diffusion), site web interactif, dynamique et un compte YouTube avec plus d’1 million d’abonnés. Cette volonté de rester moderne et de s’adapter aux nouvelles modes de consommation de la TV lui a permis d’attirer une audience relativement jeune contrairement à l’idée générale qu’on se fait d’une chaîne publique considérée la plupart du temps en Afrique francophone comme des écrans de propagande des gouvernants. 

 

Des programmes en accord avec la réalité locale et africaine

La RTI est aussi l’une des rares chaînes de télévision publique d’Afrique de l’Ouest qui a réussi à développer la production et la coproduction d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (fiction, courts-métrages, documentaires). Parmi ses succès, on peut citer les séries ivoiriennes Sœurs ennemies ou encore National Security. Après 2011, le groupe décide de se renouveler à travers sa chaîne dérivée Canal 2 qui deviendra la RTI 2. Elle compte sur son objectif d’apporter un autre regard sur la chaîne publique pour attirer une audience plus jeune et portée sur le numérique. Visiblement, c’est un succès puisque 09 ans plus tard en février 2020, une autre chaîne dérivée voit le jour, c’est la 3. Cette fois-ci, sa ligne éditoriale est orientée vers la jeunesse et son intérêt apparent pour la musique et le Sport.  

Un financement au-delà du soutien de l’Etat

Même si elle garde une certaine opacité sur ses revenus, la RTI dispose de l’une des régies publicitaires les plus rentables d’Afrique de l’Ouest. Plus de 7 milliards de recettes publicitaires par an et près d’1 milliard en mécénat. La chaîne nationale ivoirienne complète son chiffre d’affaire avec la redevance de la TV prélevée sur les factures d’électricité des Ivoiriens. Elle compte seulement pour 10 % dans son revenu, mais le montant est conséquent, près d’1 milliard de FCFA

Un monopole longtemps gardé

La RTI a cependant bénéficié de quelques avantages de l’écosystème audiovisuel de la Côte d’ivoire. Pendant plus de 40 ans, elle a régné sans partage sur l’univers médiatique du pays parce que le secteur des médias est resté longtemps fermé aux investisseurs privés. Au cours d’une interview sur Frissons radio en 2015, Ibrahim Sy SAVANE, président de la haute autorité de la communication et de l’audiovisuel HACA, l’équivalent de la HAAC (haute autorité de l’audiovisuel et de la communication) au Bénin, informait qu’une caution d’1milliard de FCFA était nécessaire pour postuler à un appel d’offre portant autorisation de création d’une chaîne de télévision en côte d’ivoire, un montant qui pourrait décourager tous les potentiels investisseurs.  

Libéralisation du secteur audiovisuel : La RTI pourra-t-elle garder le monopole du marché face à la concurrence ? 

Aujourd’hui, le défi qui s’annonce pour la chaîne publique ivoirienne est de conserver sa première place sur le marché et dans le cœur des Ivoiriens malgré la concurrence naissante. En effet avec l’installation de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne NCI, de A+, filiale de Canal+ dédiée aux fictions africaines et le démarrage imminent des activités de Life TV portée par Fabrice Sawégnon et dont le groupe français M6 possède des parts dans le capital, il est certain que la RTI devra faire face à une concurrence frontale qui pourrait bousculer son leadership dans le paysage audiovisuel de la côte d’ivoire et de l’Afrique.  

 

Marvine OUMEYOUTI

Chargement en cours...